Le processus de l’addiction
Tout le monde ne devient pas « accro » du jour au lendemain, au premier contact avec une drogue ou avec un comportement : l’addiction est un processus plus ou moins rapide, qui voit les individus augmenter progressivement la fréquence et la quantité de leur consommation.Les usages dits « récréatifs »
Il s’agit des consommations ponctuelles, éventuellement festives et à des doses restreintes : un verre de vin pendant le repas, une cigarette pendant une pause café, un joint occasionnel… De plus en plus, ces usages concernent aussi des substances telles que la cocaïne ou l’ecstasy. S’ils ne dérivent pas systématiquement vers l’addiction, ces comportements ne sont cependant pas sans risque : sécurité routière, comportements sociaux à risque, violence, accident de santé…Les usages excessifs
Ce sont les consommations fréquentes d’une quantité non négligeable d’alcool ou de drogues. Ces usages entraînent des modifications au niveau du système cérébral qui, envahi par ces substances, devra retrouver un équilibre pour fonctionner normalement. En cas d’usage de drogues stimulantes comme la cocaïne ou les amphétamines, une sensation désagréable appelée communément « le manque » se fait alors sentir de façon plus ou moins forte selon la substance ingérée. Pour retrouver son état normal l’individu devra renouveler sa consommation. Ces comportements ont une incidence sur la santé physique et mentale de la personne : atteintes au foie, aux poumons, anxiété, dépression, risque suicidaire…Les usages pathologiques
Ils se caractérisent quant à eux par l’incapacité de l’individu à résister à son envie de consommation, bien qu’il soit averti des conséquences néfastes qu’elle aura sur lui et son environnement personnel et professionnel. Les personnes accros sont plus vulnérables aux « messages » de bien-être transmis par la substance à leur cerveau. Ils ne contrôlent plus leur comportement face au produit ou à l’activité à laquelle ils sont accros, la partie de leur cerveau gérant le libre-arbitre étant affectée. Maladies, exclusion, paupérisation et, dans le pire des cas, la mort, sont autant de dangers qui menacent les addicts.
Quel est le rôle du cerveau dans l’addiction ?
Grâce aux progrès des neurosciences, on connaît de mieux en mieux les mécanismes neurobiologiques de l’addiction. Ceux-ci sont étroitement liés au « système de récompense », un circuit du cerveau responsable des sensations de plaisir ressenties après certaines actions. Présent dans le cerveau de l’homme comme dans celui de nombreux animaux, c’est grâce à lui que nous répétons volontiers les comportements indispensables à notre survie et à celle de notre espèce : manger, boire, avoir des rapports sexuels, procréer… Dans les troubles addictifs, ce mécanisme fondamental du vivant est perturbé, tantôt par la prise d’une substance (alcool, drogues…) qui démultiplie la sensation de plaisir, tantôt par un dysfonctionnement initial du cerveau, qui ne régule pas correctement son système de récompense. Lorsque ces deux dimensions sont réunies, on aboutit à la maladie addictive.

Le rôle clé des synapses
La synapse est une aire de jonction par laquelle le message chimique (neurotransmetteur) passe d’un neurone à l’autre. C’est une structure particulièrement importante, où le signal neuronal peut être renforcé (via une augmentation de la libération de neurotransmetteur ou du nombre de récepteurs postsynaptiques) ou diminué (via une augmentation du nombre de récepteurs présynaptiques). C’est ce que l’on appelle la « plasticité synaptique ». Parmi les neurotransmetteurs impliqués dans les mécanismes de l’addiction, la DA* (voir encadré à droite) joue un rôle important mais d’autres neurotransmetteurs sont aussi impliqués : GABA, glutamate, noradrénaline, sérotonine, etc…

En situation normale (alimentation, activité sexuelle), la libération de DA et le plaisir qui suit ne durent que quelques instants. En cas de prise de drogue, cela dure beaucoup plus longtemps et/ou est plus intense. Parce que les neurones gardent la « mémoire » de cette stimulation et finissent par développer une sorte de tolérance, il faudra répéter plus souvent et en plus grande quantité la source de la stimulation pour obtenir le même degré de plaisir – un cercle vicieux à l’origine du phénomène d’addiction.
Sommes-nous tous égaux devant l’addiction ?
L’addiction est une maladie du système nerveux face à laquelle nous ne sommes pas tous égaux. En effet, certains d’entre nous sont plus vulnérables face à la consommation de substances psychoactives ou à certains comportements du fait de leurs gènes mais aussi de l’environnement dans lequel ils évoluent. Le cerveau de la personne dépendante associe au moins deux faiblesses :Un système de récompense hypertrophié, et donc une augmentation de la motivation
La DA est le neurotransmetteur impliqué dans le système de récompense. Lorsque le cerveau reçoit une récompense qu’il n’attendait pas à la suite d’un comportement particulier, il « grave » la conséquence positive de ce comportement, encourageant son renouvellement. Cela va se traduire par le fait qu’un individu accro ne saura pas résister à la consommation de la substance qui lui a procuré du plaisir lorsqu’il sera en contact avec elle. Cela vaut également pour les addictions sans substance.Un déficit de plasticité synaptique
Chez certaines personnes, la capacité des synapses à diminuer leur activité sous l’effet de certaines stimulations pourrait être altérée, ce qui ne permettrait plus de développer de nouvelles traces mnésiques et expliquerait le glissement de comportements sous le contrôle de décisions conscientes vers des comportements automatisés et compulsifs.
Comment éviter les pièges de l’addiction ?
S’il existe des traitements qui marchent, le risque de rechute reste élevé pour une personne accro : même des années après l’arrêt de la consommation, le cerveau se souvient des sensations positives, de la récompense qu’il a reçue – ce qui rend la personne accro fragile. Aussi la prévention joue-t-elle un rôle primordial. Elle permet de sensibiliser le grand public afin d’éviter l’exposition aux comportements les plus à risques. Elle apporte des connaissances plus approfondies sur cette véritable maladie neurologique, et à terme, une prise de conscience de ses conséquences parfois dramatiques.